La mémoire commune des amateurs d’art a parfois tendance à oublier de grands pans de l’Histoire de certains de ses artistes favoris.  On oublie à quel point Pablo Picasso maîtrisait la peinture classique.  On oublie ce que faisait Jackson Pollock avant les « drippings » ou encore combien le travail commercial influença Warhol et tout le Pop Art….

Dans cette optique, il semble parfois  qu’un artiste comme André Bertounesque soit arrivé à la maîtrise de la lumière et des couleurs qu’il montrait au cours de la dernière période de sa carrière mais, évidemment, une telle compréhension de l’art vient de décennies de recherche, de travail et de patience.

 Né le 11 mai 1937 à Sainte-Livrade (Lot-et-Garonne), France, Bertounesque arrive au Québec en 1951 où il cumule divers petits métiers tout en cultivant un profond amour de la peinture.  Coiffeur, il profite des temps morts pour peindre à même son lieu de travail et commence à vendre ses tableaux à sa clientèle.

Amateur de talent, il est rapidement reconnu pour les atmosphères des scènes intimistes qu’il peint.   Mais Bertounesque se découvre rapidement une âme d’artiste curieux…

À compter de la fin des années 1960 il entame une recherche pictural beaucoup plus formelle et, rapidement, son travail prend une tangente résolument contemporaine.  En effet, il se met à explorer l’art non-figuratif et obtient assez rapidement une solide réputation auprès d’une certaine intelligentsia du monde de l’art dit « sérieux ».

Son travail de l’époque, comme on peut le voir dans l’exemple présenté ci-après, est absolument au diapason de ce qui se fait au Québec et ailleurs dans le monde en pleine expansion de l’art abstrait.

Mais Bertounesque est plus qu’un peintre, c’est un poète….

C’est pourquoi au milieu des années 1970 il se redirige vers une approche plus figurative ou l’on retrouve toutefois l’économie de moyens qu’il avait réussi à atteindre avec ses expériences non-figuratives.

Les personnages qui peuplent son monde pictural sont souvent réduits à leur plus simple appareil : des formes géométriques douces et suggérées peuplant des atmosphères éthérées plus ou moins près de la réalité.  Ses natures mortes révèlent les fruits et autres éléments  ramenés à l’essentiel de leur forme.  Ses paysages et ses marines ne sont souvent que suggérés, les taches savamment arrangées amenant le spectateur à imaginer plus qu’à comprendre l’endroit représenté.  Et toujours, le souci de la lumière….

Pendant toute cette période – qui se prolongera pendant près de deux décennies -, Bertounesque développera cet amour profond de la lumière (étonnant pour un artiste qui masquait les fenêtres de son atelier!) qu’il utilise de plus en plus comme un personnage omniprésent dans les nombreux tableaux qu’il produits et qui trouve preneurs aussitôt proposés à une clientèle déjà conquise.

À compter des années 1990, l’artiste, peut-être un peu nostalgique pour le Sud de sa France natale, s’attaque aux paysages méridionaux qu’il avait connus dans sa jeunesse.

Il se met alors à traduire ses souvenirs en des tableaux puissamment colorés et c’est à compter de ce moment qu’il devient véritablement « le maître de la lumière » comme il sera décrit pour le reste de sa carrière et même au-delà!

Il existe une véritable magie dans la lumière qui peuple littéralement ses tableaux.  Maintes fois, un spectateur s’est penché sur un tableau encadré pour tenter découvrir un quelconque subterfuge qui aurait pu éclairer artificiellement les paysages du Midi ré-imaginés par cet artiste qui les avait quitté bien longtemps avant de les peindre.  Il est d’ailleurs intéressant de noter que certains observateurs ont parfois souligné à quel point ces paysages et leur lumière tenaient beaucoup plus de  l’imagination de l’artiste que d’une représentation servile des couleurs et de la lumière d’une région reconnue pour ces mêmes couleurs et éclairages!

Homme de grandes passions – les femmes, les collections et, surtout, les interminables conversations, Bertounesque en fin de carrière avait acquis une telle réputation qu’il était – et qu’il est toujours – considéré comme l’un des Maîtres modernes de la peinture figurative au Québec.

Ce géant nous quitte subitement en septembre 2005 laissant un héritage artistique d’une valeur inestimable tant pour ses amateurs que pour la pléthore d’artistes qu’il aura su influencer.

S.M.Pearson, Le Balcon d’Art

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