RENÉ RICHARD : L’AVENTURE

octobre 10, 2019 on Nouvelles by steve

La peinture, quand on l’embrasse vraiment, peut-devenir une aventure ou les surprises nous attendent derrière chaque coup de pinceau, sur chaque nouvelle toile et avec chaque couleur qui jaillit du tube vers la palette.

L’aventure, la grande, peut, quant à elle, mener vers la peinture.  Les membres du Groupe de Sept partaient souvent en excursions, Tom Thomson était un amateur de plein-air aguerri et Paul Tex Lecor se considérait souvent plus comme un homme des bois qu’un artiste!

Un artiste québécois surpasse assurément la plupart de ses artistes/coureurs de bois, j’ai nommé René Richard!

Né le 1er décembre 1895 à La Chaux-de-Fonds, en Suisse, René Richard et sa famille s’installent au Canada en 1909.

A l’âge de 18 ans, il devient trappeur et coureur des bois dans le nord de l’Alberta. Il reporte ses randonnées dans des centaines de dessins.

Il retourne toutefois bientôt en Europe où il rencontre, un peu par hasard, Clarence Gagnon en 1927.  Cette rencontre fera germer dans la tête de l’artiste la perspective d’un retour au Québec où il sait qu’il pourra se consacrer à son art et à sa passion pour les grands espaces.  Il revient au Québec en 1937 et, en 1942, s’installe à Baie St-Paul.  Il est d’ailleurs, au moins partiellement, responsable de la réputation de Charlevoix comme Mecque de l’art au Québec comme Barbizon en France ou la Toscane en Italie!

Rapidement il devient un pilier de l’art au Québec exposant à la Galerie l’Art Français –devenue aujourd’hui la Galerie Valentin – la doyenne des galeries montréalaises où il obtient de grands succès.

En 1952, l’instinct du trappeur et du coureur des bois le rattrape et il part vers le Grand Nord canadien où il accumulera les sujets et l’inspiration qui le feront continuer tout au long de sa carrière.

À compter des années 1950, la tendance artistique est plutôt tournée vers les expérimentations non-figuratives et vers un art plus intimiste que celui de cet artiste qui tire son inspiration des grands espaces.  Remarquablement, il reste tout de même grandement admiré et respecté de par sa technique, par son approche expressionniste et à l’économie de moyens dont il sait faire preuve.

Richard est reconnu pour sa rapidité et pour l’immédiacité qui se dégage des tableaux qu’il réalise la plupart du temps sur des panneaux de bois maintes fois réutilisés puisque, pour cet artiste intense, le processus de création est plus important que le résultat!  On dit même, chez certaines personnes l’ayant bien connu, qu’il a détruit plus de tableaux qu’il n’en n’a montrés!

En 1967, il connaît une première consécration officielle alors que le Musée du Québec (devenu le Musée national des Beaux-Arts du Québec) lui consacre une exposition solo.  Le même Musée en remettra en 1977 lui consacrant une grande rétrospective.

Il sera élu à vie par  l’Académie royale des arts du Canada puis recevra l’Ordre du Canada en 1973.  Postes Canada publiera aussi un timbre représentant les Territoires du Nord-Ouest tels que représenté dans l’un de ses tableaux.

Sa patrie d’adoption, Charlevoix, célèbrera aussi la vie et l’œuvre de Richard. La bibliothèque municipale, inaugurée en 1998, porte son nom.  La maison, acquise par René Richard en 1942, est aujourd’hui une galerie d’art et on peut y visiter l’atelier de l’artiste et une plaque commémorative a été dévoilée en 1982.

Artiste influent et respecté, Le roman « La montagne secrète » de Gabrielle Roy (1961) raconte l’histoire de Pierre Cadorai, un peintre explorateur du Grand Nord canadien. Le personnage a été inspiré de la vie et l’œuvre de René Richard.

Actif jusqu’au bout, Richard sera un ami et un mentor pour plusieurs artistes comme Louis Tremblay et autres qui sont fier de se compter comme les héritiers du vieux maître.

René Richard décède en 1982 à l’âge de 86 ans.

S.M.Pearson