LÉO AYOTTE

octobre 3, 2019 on Nouvelles by steve

« La peinture ? Moi, je n’en parle pas; j’en fais ! »

Le Québec a eu sa part de vedettes des arts visuels.  Ozias Leduc, Suzor-Côté, Marc-Aurèle Fortin, Paul-Émile Borduas, Jean-Paul Lemieux, Jean-Paul Riopelle, Guido Molinari et plusieurs autres.    Certains ont marqué leur époque, d’autres auront marqué l’histoire par l’approche révolutionnaire qu’ils ont pris face à leur aventure picturale.

Dans un Québec hyper-conservateur, catholique et, disons-le, quelques peu réfractaire aux changements, l’art contemporain a longtemps eu une signification un peu différente de celle qu’elle pouvait avoir ailleurs dans le monde.  La peinture figurative a conservé le haut du pavé pendant plusieurs générations et les peintres qui osaient s’aventurer vers d’autres avenues  ont parfois – souvent – été ostracisés par un establishment vieux jeux qui contrôlait tant le marché que l’éducation.

Dans cette atmosphère un peu claustrophobe, plusieurs artistes talentueux n’eurent d’autre choix que d’adopter une approche plus traditionnelle de leur art de façon à mener une carrière satisfaisante tant au niveau de la création qu’au niveau financier.

L’un des artistes ayant le mieux pu tirer son épingle du jeu dans une situation moins qu’idéale fut Léo Ayotte qui, de son vivant, a su acquérir une réputation d’excellence malgré son manque de formation et des moyens souvent moins qu’idéaux.

Né à Sainte-Flore, en Mauricie, au Québec, d’une famille modeste, il commence ses études au Collège Séraphique et au Séminaire de Trois-Rivières, puis à Nicolet. Il a abandonné ses études à la fin de sa rhétorique et a commencé à composer de la poésie et à faire de la peinture.

En 1938, Ayotte déménage à Montréal et travaille comme modèle à l’École des beaux-arts et au Musée des beaux-arts. N’étant pas inscrit comme étudiant, Ayotte ne pouvait pas suivre les cours, mais son travail là-bas en tant que modèle et en tant que concierge lui permettait quand même d’y assister. Disposant de moyens financiers modestes, il récupérait les tubes de peintures à moitié vides qu’abandonnaient certains étudiants et utilisait ceux-ci pour peindre.    Fait remarquable, Charles Maillard qui était directeur de l’École des beaux-arts dira d’Ayotte qu’il fut son meilleur élève!

Son amour de la nature l’a amené à peindre. Principalement autodidacte, il avait un style unique. Ayotte utilisait souvent un seul pinceau pour réaliser un travail. D’un seul coup et avec spontanéité, Ayotte a toujours réussi à peindre du premier coup, sans jamais avoir à faire de corrections ou de retouches. Excepté pour ses portraits, il a peint sans faire d’esquisses préliminaires, prenant le temps de faire des observations avant de commencer à peindre. Les couleurs audacieuses et vives qui ont émergé de son pinceau ont capturé l’essence de ses sujets. Ses paysages colorés sont de véritables hymnes à la nature. Ses natures mortes et ses portraits chargés d’émotion l’ont amené à être considéré comme un artiste majeur au Québec.

Devenu un peintre bien vendu et un conférencier recherché, Ayotte a pu économiser suffisamment d’argent pour réaliser son rêve de visiter la France.  En juillet 1962, il se rend au musée du Louvre, ce qui, d’ailleurs, le fit pleurer…

Il rend aussi visite à ses compatriotes exilés tels son ami François Hertel,  le sculpteur Robert Roussil, et le peintre Jean Dallaire. Il termine son voyage sur la Côte d’Azur où il passe beaucoup de temps à peindre avec sa nièce, Louise-Helene Ayotte, qui vient d’être nommée consul de France à l’École des Beaux-Arts.

Après un an en France, il rentre au Canada où il participe à de nombreuses expositions partout au Québec jusqu’en 1975.   Il côtoie et aide de jeunes artistes tels Paul Tex Lecor qui, jusqu’à sa propre disparition en 2017, parlera d’Ayotte comme de l’une de ses plus grandes influences et comme d’un ami très proche.

Atteint d’un cancer, il est transporté le 18 décembre 1976 à l’hôpital de Saint-Hyacinthe où il meurt trois jours plus tard, le 21 décembre. 1976

À partir du décès d’Ayotte, les amateurs d’art du Québec s’arrachent les œuvres du peintre qui prennent rapidement une valeur importante. Cette tendance ne se démentira pas jusqu’à la récession de 2008-2009 alors que, comme pour la plupart des artistes, la cote de ce peintre emblématique souffrira un peu de la faiblesse du marché de l’art.

Ceci étant dit, l’œuvre d’Ayotte conserve sa vitalité et il garde un noyau dur d’admirateurs qui continuent de chérir les œuvres qu’ils possèdent et d’acquérir les tableaux qui, régulièrement, se retrouve aux enchères ou sur le marché secondaire.  Il est d’ailleurs possible avec un peu de recherches de trouver de très belles œuvres souvent à des prix très intéressants.

S.M.Pearson