PÂQUES, ICONES ET ANCA PATRU

avril 18, 2019 on Nouvelles by steve

L’art, depuis des temps immémoriaux, a toujours été utilisé par l’homme de façon à transcender sa nature physique et à exprimer une vision de l’intemporel, de la métaphysique et, bien entendu du sacré.  Il suffit de s’intéresser à l’Histoire de l’art pour constater qu’à travers les âges les artistes – du plus primaire au plus sublime – ont utilisé l’art pour parler de leurs croyances, de leur dieu et des images s’y rapportant.

Au-delà de cette volonté de « montrer Dieu » se trouve l’icône. Une icône, (du grec εικόνα eikona) « image », est une représentation de personnages saints dans la tradition chrétienne. Bien plus qu’une simple représentation graphique, une icône possède un sens théologique profond qui la différencie de l’image pieuse.   En effet, dans la tradition des Églises chrétiennes orientales, l’icône est objet de vénération qui possède son énergie propre.  Celle-ci ravive la foi, protège la maisonnée; elle favorise la paix du foyer, éloigne l’ennemi de la cité.

L’icône est complètement intégrée dans la catéchèse orthodoxe mais aussi dans celle des Églises catholiques orientales qui ont préservé la tradition de l’icône ainsi que dans une partie de l’Église catholique occidentale et dans les Églises non-chalcédoniennes. En devenant objets de vénération pour les fidèles, les icônes ont été soumises, dès le treizième siècle, par les Églises de la Pentarchie, à de sévères contraintes artistiques (sources d’inspiration stéréotypées, rigueur du trait, jeux des couleurs). Jusqu’à nos jours, ces canons se sont perpétués, assurant l’étonnante continuité de cette peinture dédiée à la gloire de Dieu.

Dès la fin de l’Empire Romain et la montée de l’Empire byzantin, la scission culturelle entre l’iconographie traditionnelle romaine et l’approche plus stylisée des artistes orientaux devient frappante quant à la représentation des thèmes religieux.  Beaucoup plus abstraite et bidimensionnelle, la vision orientale  utilise très peu de modelé suggérant plus l’essence que le corps; des silhouettes légèrement étirées, des yeux, « fenêtres de l’âme » agrandis, des nez et des bouches étroits. Le corps dominé et immobile exprime l’universel, la paix, l’éternité. L’espace, hors la dimension terrestre, est représenté par un aplat de couleur or, énergie et lumière divines, ou par un bleu parsemé d’étoiles.

Cette nouvelle approche plastique arrive en parallèle avec la séparation des Églises de Rome et de Byzance.  La querelle idéologique et dogmatique viendra créer l’Église orthodoxe et les représentations graphiques inhérentes à chacune des factions chrétiennes seront radicalement redéfinies au sein même de l’œuvre picturale propre à chaque facette d’une foi somme toute identique.  Icônes peintes, en mosaïque, pierre, émail et métal, l’art de l’icône se propagea dans toute la sphère d’influence byzantine, mais bien au-delà, comme en témoigne la production éthiopienne. La Russie devint l’un des centres de production majeurs, avec les écoles de Novgorod, Moscou et celle, célèbre, d’Andreï Roublev, présentant une sensibilité religieuse, une construction de l’espace pictural et des champs symboliques nouveaux.

LES THÈMES

Les thèmes des icônes sont très nombreux.

Les icônes se classent, en général, ainsi :

  • Les personnages : Marie, le Christ, les apôtres, les martyrs, les saints, les anges…
  • Les fêtes commémorant des épisodes de la vie du Christ (Nativité, Résurrection…), de Marie (Entrée au Temple, Annonciation…), de l’histoire de l’Église (exaltation de la Croix, conciles de Nicée…)
  • Les représentations historiées : les scènes de l’Ancien Testament, les miracles de Jésus, les vies de saints…
  • Les représentations théologiques : le chemin du moine, le Jugement dernier…
  • Les icônes-calendriers appelées Menaions ou Ménologes.

 

Pour un même saint, les représentations sont aussi classées par thèmes. Ainsi, la Vierge est généralement représentée avec le Christ enfant dans les bras. Cependant, on parle de « Vierge de Tendresse » si la joue de la mère et du Christ sont accolées, de « Vierge qui montre le Chemin » (Odigitria) si la mère désigne le Christ, de « Vierge de Kazan » si le Christ semble debout à côté de sa mère, de la « Vierge du signe » si la mère est en orante (icône) (les mains élevées en signe de prière), le Christ apparaissant en médaillon « en elle » (cette dernière représentation renvoie au texte du prophète Isaïe : « Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils qu’elle nommera Emmanuel… » Es. 7.14). Chacune de ces représentations suit des règles précises, la liberté de l’iconographe étant balisée pour éviter de s’écarter de l’enseignement de l’Église.

L’UTILISATION DE L’ÎCONE DANS LE CONTEXTE MODERNE

Dans la confession orthodoxe, il est aussi important de vénérer l’icône que d’écouter la parole ou de lire les écrits. Actuellement, les chrétiens de confession catholique réutilisent de plus en plus l’icône dans la liturgie, sans lui donner la même richesse que dans l’usage qu’en font les chrétiens orthodoxes. Aujourd’hui, ce mot voit son sens élargi pour se rapporter aux personnages sacrés de toute religion.

ANCA PATRU DANS LA TRADITION DES ICONES

Anca Patru est une artiste du Québec d’origine roumaine qui, depuis plusieurs années, consacre son talent considérable à faire connaître cette approche artistique peu répandu en Occident.

Peintre aguerri, elle apporte la maîtrise de la peinture à une vision presque mystique de l’art.

L’aura de mysticisme et de spiritualité émanant des petites icônes qu’elle crée peut facilement rivaliser avec le travail des maîtres de l’icône travaillant dans les pays de l’est et ailleurs dans le monde orthodoxe.

Le Balcon d’art a depuis longtemps pris la décision de promouvoir le travail de cette artiste hors du commun et est fier de présenter une importante collection des œuvres iconographique produites par Anca.

En cette période pascale, pourquoi ne pas venir admirer ce travail profondément personnel empreint de réflexion et de paix profonde.